25 février 2008

Pleade 3


Je m'étonne du silence complet du web sur la nouvelle version "pour développeurs" de Pleade 3. C'est une version pour développeurs, mais elle est déjà en cours de développement pour plusieurs centres d'archives qui paraîtront bientôt sur la Toile.
Je me rends compte aussi que j'ai laissé passer beaucoup de temps depuis le jour où je l'ai chargé sur mon poste, sans l'examiner de nouveau. Donc je mets ici mes premières réactions, écrites au mois de janvier.

Appréciation globale


Beaucoup de choses ont été repensées très intelligemment. Disparition des frames, possibilité de gérer en back-office beaucoup de choses qui nécessitaient du FTP jusque-là (pour charger sur le serveur des fichiers de configuration)
Problème des URL pérennes : le mode de fabrication de l'URL d'un document est plus simple... mais différent :

Donc si on a décidé de pointer vers certaines pages de sa base Pleade (une notice de fonds, etc.), le passage à Pleade 3 nécessitera de mettre toutes ses URLs à jour.

Différences d'interface publique


A la fois un système d'onglets supérieurs (permanent) + menu latéral (contextuel aux onglets).

Différences d'interface de gestion/administration

Beaucoup plus de fichiers sont configurables directement via l'interface web. Ou au moins le back-office permet de récupérer ces fichiers XML pour les reconfigurer et les uploader ensuite.

Cela ouvre la possibilité de modifier l'architecture du site à toute personne autorisée à charger des fichiers EAD (sauf si gestion des droits fine, ce qui est probable mais à vérifier).

Les onglets supérieurs définissent des rubriques de gestion, et le menu latéral est contextuel à ces onglets. On a vite fait de publier un document EAD dans l'onglet Administration au lieu de Gestion de contenu... Donc il faut bien distinguer les comptes pour éviter ce genre de problème : un compte servant au chargement, un autre au paramétrage de Pleade.
L'augmentation des fonctions de gestion/administration est permise notamment par des menus contextuels successifs :
  1. Tout en haut, les onglets supérieurs.
  2. Du choix de l'onglet supérieur dépend le menu latéral
  3. Du choix de la rubrique dans le menu latéral dépendent les sous-onglets
Cela peut rendre les choses un peu complexes au début, mais cette imbrication est finalement assez intuitive.
La publication d'un document se fait avec 3 onglets (au lieu d'une longue page) :
  1. Chemin pour sélectionner le fichier
  2. Paramètres de publication (correspond à l'actuelle "fragmentation", etc.)
  3. Paramètres d'affichage
Les libellés ne sont pas plus clairs qu'avant. Il faut s'habituer... En outre pour chaque champ une aide contextuelle (point d'interrogation) est prévue. Elle reste à remplir encore (par les développeurs ? par la communauté ?)

Différences configuration/architecture interne

i18n : gestion des libellés très différente
Pleade 2 : les versions d'un libellé selon différentes langues s'expriment ainsi dans les fichiers de config :
Le contenu du texte est dans la config, même, sous cette forme :
          <zone role="subsets">
<header xml:lang="fr">Accès aux collections</header>
<header xml:lang="en">Access to collections</header>
</zone>
Pleade 3 : tous les libellés sont dans un fichier spécifique, appelés d'une manière conforme aux recommandations i18n :
          <form ref="test" display="link">
<header i18n-key="subset.header-search-form-test-surcharge"/>
<intro i18n-key="subset.intro-search-form-test-surcharge"/>
</form>
Il est donc probable que la migration des données ne se fera pas sans labeur (à moins de trouver LA feuille de conversion ?).

Pages du site

La partie "site" (pages XHTML) ne semble toujours pas pouvoir être gérée (par download/upload) dans le back-office.

Structuration en fonds et sous-fonds (ou collections)

L'arborescence est décrite par un fichier EAD au lieu d'un XML "maison". Excellente idée (vérifier l'application concrète dans ses détails)

Problèmes relevés

En superadministrateur, pour la gestion des droits, on ignore quelles sont les valeurs possibles.
Apparemment le droit "eadeac-editor" donne à la fois la possibilité de charger des documents, et de configurer le site (menus, collections, etc.). Le seul droit non donné est la gestion des autres utilisateurs.

C'est un problème si on veut ne pouvoir permettre à une personne que de publier (ne serait-ce que pour éviter les erreurs).
Les fonctions de gestion et d'administration sont trop liées entre elles. Il semble difficile de vouloir les distinguer
Je n'ai pas trouvé comment indiquer qu'un document EAD doit aller dans tel ou tel fonds ou sous-fonds (ou éventuellement dans plusieurs fonds à la fois)
Quand on publie un document dont le titre est très long, si on veut le republier (Gérer les documents EAD publiés), il propose dans la liste déroulante des documents publiés le titre tronqué par la fin : les 9 derniers caractères suivis de "[...]" au lieu des premiers caractères suivi du même signe d'abréviation. De toute façon il faut plus de caractères avant de tronquer
L'URL d'un document est structurée de manière simplifiée (en reprenant l'identifiant unique), mais avec la disparition des frames elle est identique pour toutes les pages du document. Il n'est plus possible de citer une page précise et de créer un lien profond dans le document.

Conclusion

Pleade était jusque-là, il me semble, le fruit d'une collaboration entre des sociétés (AJLSM et Anaphore notamment) et le Ministère de la Culture (la Direction des Archives de France et les Archives nationales essentiellement).
Bon nombre de questions seront sans doute éclaircies lors de la journée Pleade 3, le mercredi 26 mars 2008 au Muséum national d'histoire naturelle.
La version 3 de Pleade est extrêmement intéressante, très inventive, mais me semble plus le fruit des développeurs privés sans participation claire de l'Etat. Que va devenir le logiciel, entre les mains d'une petite communauté de développeurs (car il est peu vraisemblable que cette communauté de développeurs s'étende beaucoup : les centres d'archives n'ont jamais d'informaticiens, ils doivent faire appel au service informatique du Conseil général).
Pleade a été adopté outre-Atlantique. Il y a là-bas des informaticiens, et je n'ai pas l'impression qu'ils ont participé à la naissance de la version 3. Peuvent-ils décider d'en faire une autre version ? ou de renommer le logiciel pour se l'approprier plus complètement ? Tout cela pour moi n'est pas clair.
Donc techniquement, c'est bourré de bonnes idées, mais avec une migration complexe des données (et surtout que faire du travail de personnalisation réalisé sur la version 2, pour le passage en V3 ?).
Mais politiquement, je trouve que ce serait encore hasardeux de se lancer dans la V3 si on dispose déjà de la V2, et ce d'autant plus que toute la documentation sur la V3 reste à faire (ou, si elle est rédigée, elle n'est en tout cas pas disponible à ma connaissance), et que cette version reste donc encore actuellement la "chose" de ses concepteurs.
Enfin, pour le projet qui me tient à coeur d'une base de monnaies en EAD, la V3 ne me paraît pas nécessaire :
  • actuellement, si j'interroge une base de monnaies avec Pleade sur les termes "alpha oméga", j'obtiendrai une liste de résultats
    • denier. XIIe siècle
    • obole. XIe siècle
    • avec pour chaque résultat l'indication en plus petits caractères de l'émetteur.
  • avec la V3, j'aurais forcément l'émetteur en "chapeau", avec l'arborescence des monnaies en dessous :
    • Agen
      • obole
      • denier
    • Anjou
      • Foulques Nerra
        • denier
    et je ne suis pas sûr que ce soit d'un usage plus aisé.
Même pour une recherche dans un fonds d'archives, c'est professionnellement pertinent, mais on touche une problématique, un débat plus vastes, entre les utilisateurs (chercheurs, généalogistes) et les professionnels (archivistes).
Ces derniers souhaitent a priori faire voir la logique du fonds pour donner un sens aux résultats, forcer le chercheur (pour son bien, pour qu'il comprenne ce qu'il est en train de faire) à voir l'arborescence des fonds qu'il consulte.
Les chercheurs, eux, ne sont (il me semble) intéressés que par les résultats, pas par la connaissance des fonds. Et si on peut leur fournir les documents qui les intéressent en les dispensant d'apprendre le cadre de classement du fonds consulté, sans doute en seraient-ils enchantés.
A cela s'ajoute qu'ils savent désormais se servir de Yahoo! et de Google, et qu'ils sont de plus en plus habitués à des résultats non hiérarchisés. Est-ce une bonne chose ? Je ne crois pas, mais c'est ce qui est, et il me semble risqué de vouloir en faire abstraction.

Les choix de Pleade 3 satisferont donc -- je pense -- les professionnels de la culture et tiennent compte d'importantes évolutions du web et des usages. Mais le choix de Pleade 3 s'impose-t-il pour autant -- surtout à l'heure où naissent de nouveaux outils extrêmement performants (mais dont on ignore l'avenir) ? Je n'en sais rien. Je pose des questions, et vous invite volontiers à proposer des réponses.

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3 Commentaires:

Blogger numen a dit...

Bonjour,
merci pour ce compte-rendu de Pléade 3. Peut-on voir une démo quelque part ?
Vous parlez surtout du backoffice, mais je crois que l'interface publique contient aussi d'intéressantes nouveautés, non ?
Quelques remarques complémentaires, du point de vue d'un membre de l'équipe Calames (que vous évoquez) :
1. il faut se réjouir d'avoir en France plusieurs outils de qualité, tels que Pléade et Calames, qui reposent sur des principes si différents;
2. cette "technodiversité" est bonne pour l'innovation et bonne pour les bibliothèques, notamment les bib d'ens. sup. qui peuvent avoir leurs données dans Calames et dans un Pléade local. D'autres établissements peuvent avoir leurs données dans le Calames collectif et dans une version locale de Calames, restreinte à leurs données, habillée de leur charte graphique, mais hébergée à l'ABES (Calames en Saas, quoi). Ce sera le cas de deux grandes institutions parisiennes.
3. Coïncidence, le 27-28 mars, juste après la journée Pléade, nous formons les 9 premiers établissements au catalogage EAD dans Calames - car, Calames, ce n'est pas seulement une interface Web de consultation, c'est aussi un outil de catalogage et un réseau de professionnels. Il est probable que, fin 2008, au moins autant de bibliothèques de l'ens. sup. rejoignent elles aussi le réseau.
4. Sur les moteurs de recherche : une grande partie des utilisateurs de Calames l'ont probablement découvert en faisant une recherche sur Google. C'était bien notre intention et vous l'aviez noté dans votre post sur Calames.

Y. Nicolas (abes).

18:27  
Blogger Danis a dit...

Vous avez donc, comme moi, assisté à la présentation de Pleade3 au Museum ? Je trouve que la gros problème de Pleade est justement cette «grande facilité d'utilisation» donnée aux utilisateurs qui supprime du coup toute possibilité de paramétrage personnel, toute configuration personnelle ainsi que tout développement possible, etc. (tout ce qu’on pouvait faire sur la version 2.0 en modifiant les .css ou les .html des fichiers dit d’habillage ou de configuration n’est plus possible ! ces feuilles de styles pouvaient même être utilisées en-dehors de Pleade afin de permettre de produire des instruments de recherche en format htlm statique, etc.). La raison invoquée par Martin Sévigny, le concepteur de Pleade, est de ne pas «compliquer le travail de l'archiviste» puisqu’il s'est aperçu que de nombreuses options de paramétrage étaient peu ou pas du tout utilisées et surtout de «ne pas donner toutes les clefs à la concurrence»...c'est un peu dommage. N'importe comment, je trouve Pleade3 plus abouti que la version précédente.

13:15  
Blogger Jean-Luc a dit...

Bonjour,

Danis, je me permets de "renvoyer" vers votre article et sur les précisions que vous avez donné le 6/04/2008
http://danis-assy.blogspot.com/2008_03_01_archive.html

C'est toujours mieux lorsque ce sont les autres qui le disent. Et vous le dites très bien ;-)

Jean-Luc ARVERS - AJLSM

17:52  

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