14 février 2009

Un peu de bibliographie

L'hommage légitime rendu par la Société française de Numismatique à Françoise Dumas nous vaut pour le volume de 2008 (vol.164) de la Revue numismatique un très grand nombre d'articles consacrés à la numismatique médiévale.
En ce qui me concerne, parmi l'abondante bibliographie de Françoise Dumas (donnée dans les pages 11 à 20 de ce numéro), j'ai été particulièrement marqué par les ouvrages suivants :

1.DUMAS, F. Le monnayage des ducs de Bourgogne . (Universite catholique de Louvain Institut superieur d'archeologie et d'histoire de l'art Seminaire de numismatique Marcel Hoc: Louvain-la-Neuve, 1988).
2.DUMAS, F. & BARRANDON, J. Le titre et le poids de fin des monnaies sous le règne de Philippe Auguste(1180-1223). 103(1982).
3.DUMAS-DUBOURG, F. Le trésor de Fécamp et le monnayagesen Francie occidentale pendant la seconde moitié du Xe siècle. (Bibliothèque nationale: Paris, 1971).
4.BOMPAIRE, M. & DUMAS, F. Numismatique médiévale : monnaies et documents d'origine française. (Brepols: Turnhout Belgium, 2000).

Remarque : cette liste est exportée de Zotero (cf. ce billet), donc la mise en forme est automatique et des COinS( cf. ce billet-là) sont générés, permettant de produire un lien OpenURL si vous êtes rattaché à une bibliothèque disposant d'un résolveur OpenURL (et que vous avez paramétré l'extension OpenURL Referrer), et permettant également à Zotero (si vous l'avez sur votre navitageur Firefox) de récupérer ces références pour les charger automatiquement dans votre base bibliographique.

Généralement la Revue numismatique ne contient que deux ou trois articles portant sur les monnaies médiévales. Cette cuvée exceptionnelle ne devant pas se perdre, je vous en donne la liste (incomplète : d'autres articles cohabitent dans ce volume de la revue, mais nous concerne moins) :
Toujours par extraction de Zotero (après avoir saisi ces références manuellement dans Zotero).

1.SARAH, G. et coll. Analyses élémentaires de monnaies de Charlemagne et Louis le Pieux du Cabinet des Médailles : l'Italie carolingienne et Venise. RN 164, 355-406(2008).
2.HOURLIER, M. CAPVT REGIS et couronne royale. RN 164, 55-64(2008).
3.PROT, R. & CRINON, M. Deniers inédits de Jean de Chalon-Auxerre, seigneur de Rochefort (Jura). RN 164, 129-136(2008).
4.COATIVY, J. Le conseil ducal breton et la monnaie au bas Moyen Age. RN 164, 145-150(2008).
5.DERZYPOLSKY, N., DHÉNIN, M. & HOURLIER, M. Le denier de Verdun de Raoul (923-925). RN 164, 41-44(2008).
6.MORRISSON, C. & BLET-LEMARQUAND, J. Le métal des chrysobulles (XIe-XIIe siècle). RN 164, 151-168(2008).
7.CARDON, T. et coll. Le premier trésor monétaire de type viking en France ; denier inédit d'Eudes pour Beauvais. RN 164, 21-40(2008).
8.TRAVAINI, L. Les frontières de l'Eternité ? Le cas d'un nom de monnaie : santalene. RN 164, 169-184(2008).
9.TEBOULBI, A., BOMPAIRE, M. & BARRANDON, J. Les monnayages d'Alphonse de Poitiers. Etude par analyses élémentaires. RN 164, 65-128(2008).
10.CRINON, P. Un denier inédit de Courtrai. RN 164, 45-54(2008).
11.GARNIER, J., DIEL, J. & SOMBART, S. Un écu d'or de Charles VI attribuable à Mouzon (Ardennes). RN 164, 137-144(2008).

Je n'en ai pas encore achevé la lecture, mais deux articles me semblent d'ores et déjà incontournables :

1. L'article de Michel Hourlier (Caput regis et couronne royale) qui traite de l'interprétation du "châtel tournois", rebalayant les sources sur la question (dont la plupart m'étaient inconnues). Il reproduit une fibule montrant une tête couronnée, où la couronne ressemble à s'y méprendre au type tournois. J'avais écrit pour ma part combien je répugnais à voir dans ce type un type architectural, dans la mesure où toutes les représentations d'édifices sont dans l'est de la France actuelle (en terre d'Empire à l'époque), ce qui ferait du "châtel" tournois un cas iconographique isolé (donc gênant). J'avais opté pour un reliquaire, toujous sur le même principe de la loi des séries (d'autres monnaies de la même époque et de la même ère géographique représentent des reliquaires), mais je suis prêt à adopter le point de vue de M. Hourlier, tant la ressemblance est frappante.
Si je continue sur mon procédé de mise en série, je dois alors voir si la représentation d'une couronne "colle" avec l'époque (apparition du type fin XIe ou plutôt début XIIe siècle) et la région.
On se souvient que le type qui est frappé à Saint-Martin de Tours juste avant celui-ci est une tête entouré des lettres SM.
La transition de la tête à la couronne se ferait assez volontiers -- mais avec un glissement complet : car ce n'est pas la couronne de saint Martin (rien dans l'iconographie propre à ce saint n'y invite), et c'est pourtant bien sa tête.
C'est donc peut-être ma méthodologie qui est elle-même a ajuster. J'y repenserai.

2. L'article de A. Teboulbi, M. Bompaire et J.-N. Barrandon sur le monnayage de Poitiers.
Cet article expose longuement les techniques d'analyses métalliques non destructrices par utilisation d'accélérateur de particules (il n'y a pas que le LHC dans la vie). Sa lecture pourrait n'être indispensable que pour ces questions-là, car on y rappelle notamment que selon la méthode employé, l'analyse se fait plus ou moins en profondeur.
Pour connaître la teneur de métal précieux (or ou argent) et vil dans une pièce par accélération de particules, deux méthodes sont mentionnées : l'activation protonique (AAP) et l'activation avec des neutrons rapide de cyclotron (ANRC).
Je ne détaillerai pas plus avant ces deux techniques (il faut de toute façon lire l'article intégralement), et m'en tiendrai aux conséquences : l'AAP fait une analyse sur 300 microns de profondeur, et l'ANRC analyse toute l'épaisseur de la pièce.
Or généralement les siècles ont oxydé les exemplaires que nous possédons, et le métal oxydable (vil) présent en surface, s'est dégradé et a disparu : les résultats par AAP indiquent donc un pourcentage de métal précieux systématiquement plus important que ceux obtenus par ANRC.
En conclusion : sans juger une méthode nécessairement meilleure que l'autre, il est toujours bon de savoir, lorsque l'on en consulte les résultats, laquelle a été employée -- afin notamment de pouvoir la confronter avec une autre.

Le résultats le plus important de cet article concernant spécifiquement le monnayage d'Alphonse de Poitiers me semble le suivant : il retire au frère du roi, comte de Poitiers de 1241 à 1271, puis par son mariage comte de Toulouse de 1249 à 1271, les monnaies avec TOLOSA CIVI en trois lignes, pour les redonner à Alphonse Jourdain (première moitié du XIIe siècle).
En effet, les numismates avaient face à eux :
  • des monnaies au nom d'Alphonse, avec au droit "PICTAVIENSIS" en trois lignes -- et un seul comte de Poitiers de ce nom : le frère de Saint Louis (Poey d'Avant 2584, pl. LV, n° 5)
  • des monnaies au nom d'Alphonse, avec au droit "TOLOSA CIVI" (Poey d'Avant 3697, pl. LXXXI, n° 1).


Il était donc très tentant d'en conclure qu'Alphonse de Poitiers avait adopté ce type en Poitou, puis l'avait utilisé aussi à Toulouse après avoir hérité du comté à la mort de son beau-père.
Or l'analyse métallique des émissions d'Alphonse de Poitiers, mais également des comtes de Toulouse antérieurs, révèle que ces pièces TOLOSA CIVI, par leur composition, se rattachent en réalité à l'époque d'Alphonse Jourdain, auquel la science attribuera donc désormais ces pièces.

Ainsi donc le type en trois lignes à Toulouse n'a rien à voir avec celui de Poitiers. Cela me rend humble sur toutes les interprétations typologiques d'influences, imitations, etc., que j'ai pu faire par le passé !

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25 janvier 2009

Nice 1543

Idée dont j'ignore si elle est intéressante ou suicidaire : j'ai un projet d'article (dont j'espère qu'il verra le jour). Je crée ce billet pour donner un état du projet en genèse.

Donc vous y lirez des absurdités, causées par des recherches que je n'ai pas encore faites. Cela vous donnera l'occasion d'accomplir une bonne action en me corrigeant (plutôt en commentaires que par mail : la "recherche" n'avance pas masquée). Mais peut-être y verrez-vous aussi quelques bonnes idées à prolonger.

Je viens de m'installer à Nice et j'y ai aussitôt cherché, sans trop d'illusion, des perspectives numismatiques, sachant bien que nul atelier monétaire n'y avait pris place durant le Moyen âge. Tout ce que j'ai trouvé fut donc, pour 1543, une monnaie obsidionale (monnaie de siège). Il s'agit donc d'une pièce moderne d'une part, et d'une pièce municipale d'autre part. Deux sources d'incompétences pour moi, et ce d'autant plus que les monnaies de nécessité constituent un sujet d'étude à part pour les numismates, que je n'avais encore jamais pris le temps de creuser.

Dernière source d'erreur : au XVIe siècle, Nice relève des ducs de Savoie (depuis la fin du XIVe siècle). La bibliographie est plutôt italienne et je la connais mal.

Donc plein de choses à découvrir pour moi. Certaines que j'ai déjà découvertes, d'autres qui sont encore devant moi.

Aspects politiques et militaires

Contexte

En 1388, la comtesse de Provence donne Nice au duc de Savoie1. L’appellation de « comté de Nice » apparaît seulement en 1526, comme désignation administrative d’une terre du duché (pas de comte de Nice, donc).

Le duc de Savoie Charles III (1504-1553) est parent du roi de France François Ier et de Charles Quint, et ne parvient pas à trouver de position politique sécurisée dans la lutte que les deux souverains se mènent en Italie.

En 1536, François Ier occupe une grande partie des états de la Savoir, et Charles III se replie dans Nice.

Le pape Paul III contraint alors François Ier et Charles Quint à se réunir à Nice pour des négociations (congrès de Nice – 1538) dont il espère faire sortir un traité de paix et le projet d’une croisade contre les Turcs. Il n’obtient qu’une trêve de 10 ans, et Charles III ne récupère pas ses états occupés.

Prenant pour motif le refus de Charles Quint d’investir un des fils de François Ier du duché de Milan, le roi de France dénonce la trêve en 1542. En 1543, il amène son armée devant Nice, cependant qu’une flotte turque conduite par Khayr al-Din (surnommé Barberousse)2.

Le siège

20.000 Franco-Turcs sont conduits sur terre par le comte d’Enghien François de Bourbon, et 120 galères se trouvent face au port de Nice.

Le siège débute le 2 août, et l’armée franco-turque réussit à prendre la ville, cependant que la citadelle résiste.

L’arrivée de Charles Quint et de Charles III en septembre 1543 permettent de faire lever le siège.

Celui-ci dure donc un mois, en l’absence du duc de Savoir.

La monnaie obsidionale de Nice

Définition

Les monnaies obsidionales apparaissent au XVIe siècle, et font partie des monnaies « de nécessité », émises par diverses autorités lorsque la carence de numéraire impose un substitut urgent. De telles monnaies ne peuvent donc pas être désignées comme telles, et n’ont qu’une valeur d’échange temporaire, pour lesquelles l’émetteur se porte garant de leur valeur fiduciaire qui sera remboursée à l’issue de la situation de crise.

La monnaie de Nice fait donc partie des premières émissions existantes. Elle est connue au moins depuis le XVIIIe siècle3, mais reste rare et précieuse pour les collectionneurs.

Description et premières remarques

D : KROLVS II D SABAVDI en deux lignes dans le champ, séparées par un point ; une fleur au-dessus et en dessous de l’inscription ; le tout dans un listel doublé d’un grènetis.

R : NIC A TVRC ET GAL OBS 1543 en 3 lignes dans un listel doublé d’un grènetis.


Cette monnaie comporte une date (1543), le lieu de l’émission (Nice) et la description de la situation nécessitant l’émission de cette frappe : « a Turcis et Gallis obsessa » (assiégée par les Turcs et les Gaulois).

La titulature du duc de Savoie est également présente.

Plusieurs commentaires peuvent déjà être faits :

  • L’inscription est en latin, et non en langue vulgaire, comme sur la plupart des monnaies obsidionales

  • C’est au nom du duc, absent de Nice, qu’est frappée cette pièce, et non au nom de la ville.

  • La numérotation est « Charles II » et non « Charles III ». Je n’ai aucune explication à proposer à cela : Charles Ier régna de 1482 à 1490, Charles II de 1490 à 1496 et Charles III de 1486 à 1553. Charles II, devenu duc à l’âge de deux ans, et mort à 8 ans, n’a pas réellement gouverné, la régence étant assurée par sa mère Blanche de Montferrat. Peut-être celui-ci n’est-il pas pris en compte…

  • Les « coupables » (assiégeants) sont désignés sur l’une des faces. En particulier l’armée française est désignée par le terme « Gallis », alors que sur ses monnaies et dans ses actes, le roi de France signe depuis des siècles « Rex Francorum ». Le terme de Gallia, dans le paysage numismatique, n’a jamais été utilisé ailleurs que sur les monnaies des archevêques de Lyon, qui désignent leur ville « Prima Sedes Galliarum ». Il est donc extrêmement tentant de voir dans ce choix du terme « Gaulois » plutôt que « Français » une dépréciation (de propagande légitime) des ennemis.


1 “Dédition de Nice à la Savoie - Wikipédia,” http://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=D%C3%A9dition_de_Nice_%C3%A0_la_Savoie&oldid=34928796 [consulté le 2 janvier 2009].

2 François Ier a signé en 1536 une alliance avec Soliman le Magnifique, par un traité appelé Capitulations.

3 Pierre Ancher Tobiesen Duby, Recueil général des pieces obsidionales et de nécessité, gravées dans l'ordre chronologique des événemens: avec l'explication, dans l'ordre alphabétique, des faits historiques qui ont (Paris: Chez la veuve de l'auteur [etc.], 1786) pl. 21, n° 3,. Cité par Anatole de Barthelémy, “Monnaies du Moyen Age inédites - Mémoires et dissertations,” Revue numismatique (1862): 26, http://books.google.com/books?id=jCkDAAAAYAAJ&pg=PA373&dq=si%C3%A8ge+1543&ei=d9FYSbHuI4vkywSrhvG6DA&hl=fr#PPA373,M1.

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Des euros slovaques

Le club numismatique de Liège m'apprend que la Slovaquie, dans l'UE depuis 2004, est passée à l'euro au 1er janvier 2009.
Leur pièce de 2 euros est magnifique

La série complète ici

Libellés :

23 janvier 2009

Pleade 3.1

Sortie prévue dans les jours qui viennent.
Version promise depuis le 26 mars, journée de présentation par AJLSM et Anaphore. Elle devrait donc enfin intégrer la gestion des notices d'autorités (EAC), donc les services émetteurs.
Mais il n'y a aucune description des nouveautés de cette v3.1 pour l'instant sur le site Pleade.com.
A suivre...

Libellés :

30 décembre 2008

Le florin : présentation



Comme j'y avais déjà fait allusion précédemment, le responsable d'un projet de dictionnaire d'histoire européenne m'a contacté pour rédiger l'article portant sur le florin (sont également prévus, pour la numismatique, un article sur le gros et un autre sur le denier, je crois -- et sans doute un ou deux autres).
L'objectif était de produire un article relativement court, synthétique, sans illustration, pour un public large et assez cultivé (mais non spécialiste), avec la contrainte supplémentaire très intéressante d'intégrer cette notice dans un dictionnaire d'histoire européenne.
J'ai donc rédigé une première version de cette notice. J'ai ensuite relu les consignes, et notamment :
Ainsi, nous voudrions retrouver les phases d'unification et de rupture, de l'Europe de la chrétienté à celle des Lumières, de l'Europe des révolutions et des nations à celle de l'intégration économique. L'accent sera naturellement mis sur les héritages, les changements et les transferts entre le Moyen Âge et l'époque contemporaine.
Dans la mesure du possible, chaque article devra proposer une vision des réalités et des processus dans une dimension européenne. Il ne s'agit pas d'élaborer une synthèse complète sur un sujet donné, mais d'essayer de faire comprendre son importance dans la construction d'une identité européenne ou dans le refus de cette construction.
Il fallait donc rendre compte d'un phénomène de dimension européenne sans anticiper sur la réalité européenne du XXe siècle. Une chance pour moi : le florin a réellement une telle dimension, et le risque n'était pas trop important de faire de la téléologie (je ne crois pas avoir été tenté de parler de l'euro à quelque moment que ce soit).
Toujours est-il qu'après avoir relu ces consignes, je me suis efforcé de plier mon discours dans l'optique de ce projet. Je vous soumets les deux versions, d'abord pour les informations qu'elles fournissent, et pour la comparaison des deux qui a rendu l'exercice encore plus intéressant.

N'hésitez évidemment pas à me signaler toute erreur que j'aurais pu y commettre.

Première version
Apparition
Le florin est la première monnaie d’or frappée en Occident depuis l’époque mérovingienne. Une circulation croissante des richesses depuis le XIIe siècle rend progressivement nécessaire l’utilisation de monnaies d’or afin d’éviter de trop importantes masses d’argent.
En particulier, les relations commerciales avec les Etats latins d’Orient apparus au début du XIIe siècle à la suite des premières croisades, ainsi que la multiplication des foires, favorisent le grand commerce et donc une monnaie d’échange de forte valeur intrinsèque.
Jusqu’au milieu du XIIIe siècle, seuls les deniers, héritage de la réforme carolingienne, monnaies d’un à deux grammes contenant environ 50 % d’argent, circulaient dans la Chrétienté, et leur faible teneur en métal précieux contraint à déplacer des masses trop importantes.
La plupart des payscommencent à frapper des multiples des deniers, des gros d’argent valant 10 à 20 deniers, avec un alliage contenant beaucoup plus d’argent (le roi de France saint Louis en 1260-1263). Mais certains marchands, en particulier italiens, disposent déjà de réseaux internationaux, pour lesquels une grosse monnaie d’argent ne peut suffire.
Si la nécessité s’en faisait ressentir dans toute l’Europe, c’est Florence qui frappe la première monnaie d’or, en 1252 : le florin, de 3,5 g d’or environ à 24 carats.
Venise l’imite en 1285 et crée le ducat, avec la même proportion de métal précieux.
Cette adoption d’un système unique facilite les changes monétaires au moment de la circulation des marchandises, et favorise l’adoption du florin (et du ducat) dans tout l’Occident. Ces deux monnaies d’or dominent ainsi durant tout le Bas Moyen âge la diversité des monnaies d’or, dont les variétés se multiplient dès le XIVe siècle et dont beaucoup ne sont frappées que durant quelques années.
Un autre facteur de propagation du florin est l’intense activité des marchands florentins, favorisée par un accord entre Pise et Florence (1317) qui leur donne un accès à la mer.
Le florin n’est pas seulement une monnaie de circulation, mais est également très utilisée comme monnaie de thésaurisation.
Type monétaire
Le florin montre sur au droit une fleur de lis florencée, symbole de la cité, avec le nom de la ville (FLORENTIA), et au revers saint Jean-Baptiste en pied, protecteur de la ville (S. IOHANNES B).
Propagation et imitation
De nombreux trésors attestent de la large circulation du florin, dans toute l’Europe (y compris dans les pays scandinaves) et dans la Méditerranée, en direction notamment des Balkans et des Etats latins d’Orient.
Du fait de son succès auprès des marchands, le florin fait partie des pièces les plus imitées au Moyen âge. Encore faut-il comprendre ce qu’imitation désigne. On trouve en effet :
Des imitations complètes, avec avers et revers identiques. Seules les légendes sont modifiées pour y placer le nom du nouvel émetteur. Le premier imitateur est le pape Jean XXII (1316-1334) dans son atelier de Pont-de-Sorgues, près d’Avignon (1322)
Des imitations « hybrides », où une des deux faces seulement est reprise : le premier de ces hybrides est frappé par le Sénat romain en 1305, qui remplace la fleur de lis par un bouclier.
Des monnaies d’or sans identité de type, mais dont la teneur de métal précieux se calque sur celle des florins, afin d’être plus aisément utilisée par les marchands.
Des imitations « strictes » sont frappées aux XIVe-XVe siècles en Italie, en Espagne, en France (particulièrement dans la vallée du Rhône), en terre d’Empire (Autriche, Allemagne, Pays-Bas, Flandre) et jusque dans l’actuelle Pologne. On en trouve également dans un atelier du Péloponnèse (Kastro-Kyllini) et à Ephèse (Turquie). Les imitations hybrides couvrent la même zone géographique.

Le terme de florin dans les sources écrites désigne aussi bien les florins de Florence que leurs imitations, mais s’élargit même pour désigner les monnaies d’or de valeur identique. La dénomination acquière parfois la valeur générique pour désigner une monnaie d’or, voire une monnaie d’argent.
Si ces monnaies d’or circulent moins à l’époque moderne, au profit de lourdes monnaies d’argent (dont la prolifération est facilitée à la fois par l’argent des mines d’Europe centrale et par celles des Amériques), les derniers florins sont frappés au XIXe siècle.
Bibliographie
William D. Ray, « Early imitations of the gold florin », Numismatic Chronicle, 2004, vol. 164, p. 183-199
Alan M. Stahl, Zecca : the mint of Venice in the Middle Ages, Baltimore : Johns Hopkins University Press, New York : American Numismatic Society, 463 p.
Mario Bernocchi, Le monete della Republica fiorentina, Florence : Olschki, 1974-1985, 5 t. t. III : Documentazione, p. 55-124, et t. V : Zecche di imitazioni e ibridi di monete fiorentine, 168 p., 420 pl.


Deuxième version
L’apparition inévitable du florin
Suite à la désagrégation progressive de l’Empire romain, la monnaie d’or cesse d’être une nécessité au début du Moyen âge, et les dernières pièces d’or sont frappées sous les Mérovingiens (VIIe siècle), pendant que s’impose rapidement un nouveau type d’espèces : le denier contenant de 0,5 à 1 g d’argent, seule monnaie frappée (avec ses subdivisions dans quelques régions) dans tout l’Occident.
Favorisés par l’expansion économique du XIIe siècle, incarnée notamment dans les grandes foires internationales (Champagne, Flandre), ainsi que par l’intensification du commerce en Méditerranée (les Etats latins d’Orient naissent de la première Croisade, au début du XIIe siècle), les échanges commerciaux à grande distance, et la constitution de fortunes importantes, rendent de plus en plus nécessaire l’apparition d’une monnaie d’or pour faciliter le transfert de valeurs considérables. Dans ces grands flux d’argent et de bien, les marchands et banquiers italiens jouent un rôle de premier plan. Pour se substituer au denier, les premières pièces sont de grosses pièces d’argent dès la première moitié du XIIIe siècle.
Si la nécessité s’en faisait ressentir dans toute l’Europe, c’est Florence qui frappe la première monnaie d’or, en 1252 : le florin, de 3,5 g d’or environ à 24 carats. Cette pièce montre sur une face une fleur de lis florencée, symbole de la cité, avec le nom de la ville (FLORENTIA), et au revers saint Jean-Baptiste en pied, protecteur de la ville (S. IOHANNES B).
Devant le succès du florin auprès des marchands et des changeurs, Venise crée en 1285 le ducat, avec son type monétaire propre mais la même proportion de métal précieux.
Cette adoption d’un système unique facilite les changes monétaires au moment de la circulation des marchandises, et favorise l’adoption du florin (et du ducat) dans tout l’Occident. Ces deux monnaies d’or dominent ainsi durant tout le Bas Moyen âge la diversité des monnaies d’or, dont les variétés se multiplient dès le XIVe siècle et dont beaucoup ne sont frappées que durant quelques années.
Propagation et imitation
De nombreux trésors attestent de la large circulation du florin, dans toute l’Europe (y compris dans les pays scandinaves) et dans la Méditerranée, en direction notamment des Balkans et des Etats latins d’Orient.
Du fait de son succès auprès des marchands, le florin fait partie des pièces les plus imitées au Moyen âge. Encore faut-il comprendre ce qu’imitation désigne. On trouve en effet :
Des imitations complètes, avec avers et revers identiques. Seules les légendes sont modifiées pour y placer le nom du nouvel émetteur. Le premier imitateur est le pape Jean XXII (1316-1334) dans son atelier de Pont-de-Sorgues, près d’Avignon (1322)
Des imitations « hybrides », où une des deux faces seulement est reprise : le premier de ces hybrides est frappé par le Sénat romain en 1305, qui remplace la fleur de lis par un bouclier.
Des monnaies d’or sans identité de type, mais dont la teneur de métal précieux se calque sur celle des florins, afin d’être plus aisément utilisée par les marchands.
Des imitations « strictes » et hybrides sont frappées aux XIVe-XVe siècles en Italie, en Espagne, en France (particulièrement dans la vallée du Rhône), en terre d’Empire (Autriche, Allemagne, Pays-Bas, Flandre) et jusque dans l’actuelle Pologne. On en trouve également en Grèce et en Turquie.
Bibliographie
William D. Ray, « Early imitations of the gold florin », Numismatic Chronicle, 2004, vol. 164, p. 183-199
Alan M. Stahl, Zecca : the mint of Venice in the Middle Ages, Baltimore : Johns Hopkins University Press, New York : American Numismatic Society, 463 p.
Mario Bernocchi, Le monete della Republica fiorentina, Florence : Olschki, 1974-1985, 5 t. t. III : Documentazione, p. 55-124, et t. V : Zecche di imitazioni e ibridi di monete fiorentine, 168 p., 420 pl.

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