24 février 2007

D'or et d'argent - la monnaie en France du Moyen Age à nos jours


Il y a quelques mois, la BÉC (Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, c'est-à-dire la revue annuelle de l'Ecole des Chartes), m'a demandé la recension de l'ouvrage suivant :

D’or et d'argent. La monnaie en France du Moyen Âge à nos jours. Cycle de conférences tenues à Bercy entre le 22 octobre 2001 et le 18 février 2002, Thierry Breton préf., Paris, Comité pour l'histoire économique et financière de la France, 2005.

Le livre n'est pas gros, j'ai donc accepté. J'ai rédigé la recension, la leur ai envoyée. Nous en sommes au stade finale de relecture des épreuves. Et en même temps que les épreuves envoyées, je reçois le message suivant :
« La revue va être prochainement accessible sous une forme numérisée (en principe quatre ans après la sortie du fascicule papier). La consultation sera gratuite. A cette fin, votre accord nous est indispensable pour la diffusion de votre texte sous cette forme. Vous voudrez bien retourner, avec vos épreuves, le formulaire ci-dessous, complété par vos soins.Sa réception est indispensable pour que votre texte puisse paraître. [Souligné par eux] »

Outre le fait que je me réjouisse très sincèrement de la diffusion en ligne, gratuitement, des articles de la BÉC prochainement (après tout, l'Ecole des Chartes est payée avec les impôts des Français, il est normal que leur revienne gratuitement un contenu qu'ils ont déjà financés), je m'étonne tout de même que cette information n'arrive qu'au terme du processus. Dans le cas d'une recension d'un ouvrage de 140 pages, ce n'est pas très important. Mais si quelqu'un a rédigé un article de 80 pages, j'espère qu'il a été avisé un peu plus en amont de sa prochaine diffusion en ligne. Sauf bien sûr si la décision de diffuser prochainement la BÉC en ligne a été prise au cous de l'année.
Mais mon intention n'est pas de critiquer la nouvelle, mais bien plutôt de m'en réjouir. Même si quatre ans, après tout, sont bien longs : pourquoi pas une diffusion immédiate ? Revues.org le fait bien.

Toujours est-il que, puisque la diffusion est promise pour bientôt, je ne trahis aucun engagement (n'ayant cédé aucun droit d'auteur -- mais là encore, pour une recension, c'est sans importance. Je fais ce que je peux à la mesure de mes capacités) en mettant en ligne aujourd'hui cette recension.

Je précise enfin qu'il faut être indulgent avec moi : c'est ma première recension, et chacun sait qu'un des principaux défauts de la jeunesse est son manque d'indulgence vis-à-vis des aînés. Etant prévenu, j'ai essayé de combattre ce travers, mais il est certain qu'il ressort constamment. Vous voici prévenus à votre tour.


A l’occasion de la suppression définitive du franc au profit de l’euro, en 2002, s’est déroulé à l'instigation du Comité pour l'histoire économique et financière de la France un cycle de conférences organisé au Ministère de l'Economie et des Finances, conférences qui prennent ici la forme de remarquables synthèses sur cinq moments dans l'histoire de la monnaie en France : la création du franc à cheval sous Jean le Bon en 1360 ; l’histoire du louis jusqu’à son remplacement pour l’assignat sous la Révolution ; la création du franc germinal en 1803 par Napoléon ; une description de l'évolution de la monnaie au XIXe siècle ; et l'histoire du franc de 1928 (politique de dévaluation de Poincaré) à nos jours. Ce cycle contient donc deux études portant sur des moments précis de l’histoire (1360 et 1803) et trois sur des périodes allant de 70 ans à deux siècles.
Ces conférences ont été tenues respectivement par Jean Favier, Guy Antonetti, Jean Tulard, Alain Plessis et Jean-Charles Asselain. Elles s'achèvent sur une table ronde regroupant des hommes politiques et des économistes, sur le thème « Des années soixante à aujourd’hui, la marche vers l’euro ». Ce dernier intitulé paraît induire que les conférences qui précèdent retraçent également une histoire monétaire tendant naturellement vers l’euro. Mais c’est là un écueil que les cinq historiens mentionnés ont su éviter sans difficulté, en dépit des circonstances particulières du passage à l’euro.
Les cinq historiens font également preuve d’une grande clarté de propos, évitant autant que possible des données chiffrées impossibles à suivre pour un auditoire, et insistant sur les circonstances des situations étudiées : la guerre de Cent Ans et ses implications monétaires ; les apports de métaux précieux influençant la valeur des pièces, etc. On notera qu’à mesure que l’on progresse dans le temps et dans les conférences, l'histoire se fait plus économique et moins monétaire. Jean Favier est le seul à faire une incursion plus proprement numismatique, en analysant (avec une certaine audace dans ses interprétations) le type iconographique sur les premiers francs à cheval.
Il faut encore définir à quel public s’adresse ce livre. Les spécialistes de chaque époque n’y verront qu’une synthèse dont le contenu peut se trouver ailleurs (dans un style pas toujours aussi limpide, cependant), et les néophytes sentiront peut-être leurs propres carences pour la connaissance de la période dans son ensemble. Les comptes-rendus de ces conférences sont destinées à des personnes déjà cultivées, curieuses de découvrir un aspect trop peu étudié (l’histoire monétaire) d’une époque qu’ils connaîtraient par ailleurs.
A cet égard, la bibliographie en fin de volume n’est pas adaptée : cinq pages de références (le nombre de titres est largement suffisant) classées par ordre alphabétique, mêlant toutes les époques analysées. Il eut été plus profitable de proposer en fin de chaque article une bibliographie de quelques titres commentés proposant « d’en savoir plus ».
Des annexes présentent : les noms des principales espèces métalliques françaises du XIIIe au XXe siècle ; un glossaire du vocabulaire monétaire (68 termes) ; et un glossaire des noms familiers de l'argent (33 termes) plus inattendu, et qui paraît un peu ludique au regard du reste du contenu ; enfin une chronologie qui commence en 1360, à la création du franc, et cesse avec la fin de sa circulation en France, au profit exclusif de l’euro. Elle souligne donc peut-être un des défauts majeurs de cet ouvrage : chaque étude resitue bien son époque sans préjuger de la suite (la création de l’euro) ; mais le regroupement de ces études paraît constituer une « histoire du franc », de sa naissance à sa mort, qui s’étendrait de 1360 à 2002. Cette vision laisse oublier que la monnaie n’est pas née en France en 1360, que le franc, entre 1360 et 1803 (quatre siècles sur les six englobés) fut une monnaie parmi de nombreuses autres monnaies, existant sporadiquement, voire même disparaissant durant plusieurs siècles. La création du franc à cheval en 1360 n’a aucune signification commune avec celle du franc germinal de 1803, et de ce fait la mise côte à côte des études de Jean Favier et de Jean Tulard est en soit assez contestable. Néanmoins il eût été dommage de ne pas profiter de la suppression du franc en 2002 pour produire un cycle de conférences sur l’histoire de cette monnaie, ce fut fait par chacun des historiens invités dans un esprit de synthèse remarquable et une clarté de propos extrêmement précieuse.

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